DADVSI : Vivendi 1 - Internautes 0
Tout l’internet français est en émoi et il y a de quoi puisque la loi relative aux droits d’auteur et aux droits voisins dans la société d’information (DADVSI) a été validée aux trois quarts par le Conseil Constitutionnel. Quant aux points litigieux, ils ont été durcis. Youpi.
Un groupe de députés socialistes avait déposé un recours, espérant adoucir le projet de loi. Ben c’est raté ! En effet, d’une part, l’amende forfaitaire pour les jeunes « kikoolol » qui s’amusaient à télécharger illégalement le dernier k-maro de 38 € et celle de 150 € pour mise à disposition de fichiers litigieux (mise à disposition obligée dès lors qu’on utilise Bitorrent ou emule par exemple) sont retoquées. A la place, les peines concernant la contrefaçon seront appliquées soit trois ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende seront au menu.
D’autre part, les DRM (Digital Rights Management) sont désormais légitimés. Tout le monde a déjà eu la désagréable surprise de ne pas pouvoir lire un cd sur son autoradio ou sa chaine hi-fi. Il existe des logiciels permettant de faire sauter ces DRM. Dès la promulgation de la loi au JO, si vous passez outre, vous serez un délinquant.Enfin, et c’est le plus grave à mes yeux, c’est que le Conseil Constitutionnel a enterré en grande pompe l’interopérabilité (quand des systèmes différents peuvent communiquer ensemble sans que cela soit un boxon monstrueux pour l’utilisateur) et le logiciel libre suspectés d’être des suppôts de Satan. Les « sages » (pas trop sur ce coup, à se demander s’ils ont la clim’) ont considéré que ces notions n’étaient pas suffisamment explicitées en l’état et laissaient la porte ouverte à toutes les dérives. Exit donc ces vils programmes facilitant la vie du commun des mortels (et pas seulement pour du téléchargement illégal, hein ?) ainsi que le droit pour le consommateur d’acheter un produit fiable.
Je vous renvoie au billet d’Eolas sur la question pour une étude plus approfondie des points posant problème.
Et comme il ne faut jamais perdre une occasion de rigoler, voici la lettre ouverte de Renaud Donnedieu de Vabre (RDDV pour les intimes) où il explique doctement que non, non, tout va très bien Madame la Marquise. Le Conseil Constitutionnel a validé le principe d’interopérabilité, qu’il garantit « la copie privée et […] l’avenir du logiciel libre ». Et ma préférée : "Je le répète, il n'y aura pas de peines de prison contre les internautes qui téléchargent."
Tout ça parce que Monsieur va pondre une circulaire. Or, n’importe quel étudiant en première année de droit le sait, circulaire contre loi, c’est comme à la bataille : c’est le plus fort qui l’emporte. En l’espèce, la loi. Ce sont ses aïeux (il descend d'une grande famille de juristes) qui doivent faire plusieurs saltos dans leurs tombes.
Bref, un autre drame de la canicule…
Ce qui me tue dans cette histoire c’est que ce projet de loi a clairement été pensé et rédigé par des personnes n’entravant strictement rien aux nouvelles technologies et qu’il a été soumis au Parlement histoire de faire plaisir à l’industrie du disque. J’aimerais vraiment connaître la réelle incidence des réseaux peer to peer sur la vente de disques en France selon une enquête sérieuse, menée par un organisme sérieux et surtout indépendant.
Les maisons de disques, et notamment Universal (cf. son fameux amendement qui criminalise la création et l’utilisation du logiciel libre) ont effectué auprès des parlementaires un vrai travail de lobbying. La question que l'on peut se poser maintenant c'est si la proportionnalité entre le délit et la peine est respectée. Et ça, c'est un autre débat.
Quand je pense que la grande majorité des internautes français risque de basculer dans la délinquance parce qu’elle récupère un fichier en mp3 d’un cd acheté mais illisible, parce qu’elle rapatrie une distribution linux via bittorent, parce qu’elle participe à l’élaboration d’un logiciel libre à cause d’un type qui a été condamné pour blanchiment d’argent dans le cadre du financement du Parti Républicain…
C’est vraiment le roquefort qui dit au camembert : « tu pues ».
Par mapo, Vendredi 28 Juillet 2006 à 22:54 GMT+2 dans Space Dementia (article, RSS)






