Soul Circus de George Pelecanos
Ma super-technique à la médiathèque consistant à prendre un livre selon sa couverture m’a jouée des tours puisque Soul Circus est le dernier tome d’une trilogie comptant Hard Revolution et Blanc comme neige. Je sais d’ores et déjà comment tout se termine avant de connaître le début. Bravo, mapo… S’il est toujours bon de lire une œuvre en la prenant par le début, je dois dire que ce n’est pas un obstacle infranchissable et ne gâche pas spécialement le suspense. Disons que les trois livres ont tous pour héros Derek Strange à différents âges de sa vie.
L’auteur, George Pelecanos est producteur et scénariste. En tant que tel, il a participé à l’écriture de la série The Wire qui est passée sur Jimmy et qui ne m’a pas spécialement plue. Toutefois, j’ai reçu une grosse claque à la lecture de Soul Circus qui est plus qu’un simple polar.
Strange est détective privé. Avec son acolyte Quinn, il œuvre dans les quartiers malfamés de Washington DC où règne une guerre des gangs violente. Strange a accepté d’enquêter pour le compte du malfrat Granville Olivier qui risque l’injection létale pour avoir – peut-être – assassiné son oncle, plus par dégoût de la peine de mort que par sympathie pour le bonhomme, on s’en doute. Pour ce faire, il doit mettre la main sur la jeune Devra qui pourrait sauver la tête de son client.
Pelecanos a grandi dans les lieux décrits dans son livre, des coins où règnent misère et violence et peuplés majoritairement par des Noirs. On peut donc croire qu’il sait de quoi il cause. Le côté scénariste du monsieur ressort au travers de la qualité des dialogues (excellents) qui constituent une grande partie du roman. L’auteur a choisi l’économie de moyens et c’est pas plus mal.
Ce qui frappe surtout, c’est le côté revendicatif et politique de la chose. Pelecanos est violemment contre la peine de mort et contre la libre-circulation des armes. Via son antihéros, il argumente, il tonne et s’indigne du gâchis humain de gamins se faisant trouer la peau au sortir de l’adolescence et de la tartufferie des politiques qui préfère mettre sur le compte du rap et des films la situation chaotique où se trouvent les Américains pauvres (et Noirs ou Hispaniques, en général, ça va ensemble). Révolté donc et nous avec. Il retranscrit très bien le climat saturé d’agressivité où les flingues s’échangent et s’utilisent à tout va, la spirale de la haine qui appelle la haine. Idem pour le sentiment de désespoir qui habite des gamins qui estiment qu'être gangster est une porte de sortie au chômage, à la drogue et à l'alcoolisme. De plus, on sait très bien que tout ça finira mal. L’auteur met la pression sur son lecteur qui craint à chaque nouvelle page qu’il arrive quelque chose de fatal à l’un des personnages.
Bref, j’ai vraiment, vraiment accroché à ce roman et ne peux que vous conseiller d’y jeter un œil, d’autant plus qu’il existe en poche.
Par mapo, Jeudi 27 Juillet 2006 à 22:42 GMT+2 dans A lire... ou pas (article, RSS)






